J’avais décidé de ne plus rien “écrire” (au sens vrai de donner mon opinion, lequel peut parfois s’avéré très clair, sur les choses de la vie) sur ce blog, ni sur aucun autre, mais le fait est je crois que cet endroit (s’il en est) est le plus adapté pour accueillir toute ma colère, que voici.
Je prenais le bus tranquillement, savamment plongée dans ma lecture de L’Attrape Coeur - lequel est un livre fabuleux, lisez-le tout de suite si ce n’est pas déjà fait. Il y avait un homme bien connu par les citadins de ma région pour être bien souvent alcoolisé, et pour parler beaucoup (et très fort). Toutefois, Monsieur ayant aujourd’hui décidé de se taire (et, je dois l’avouer, je ne me plaignais pas), le bus voguait paisiblement. Paisiblement jusqu’à ce que Monsieur se rende compte qu’il s’était trompé de bus et, tout naturellement, demande au conducteur “Où tu vas ?” - question que l’on pourrait considérer comme légitime pour une personne qui file vers la mauvaise direction. Des vieilles (et des moins vieilles) personnes posent la même question chaque jour, le vouvoiement en plus, bon, rien d’exceptionnel, donc.
Aussi vous comprendrez ma surprise lorsque les deux cinquantenaires en Ralph Lauren et foulards en soie assises près de moi se mirent tout naturellement à crier “Descendez-là monsieur ! Descendez là ! Descendez maintenant !”. Certes l’indication était bonne, autant un peu de délicatesse n’aurait pas manqué à la scène. Et la Dame d’ajouter, le pauvre Monsieur sortant du bus sous les encouragements de la foule en délire (histoire d’ajouter un peu d’humanité à l’affaire) : “oh là là oui, descendez donc, allez vous faire soigner !”. Et le bus riant.
Je n’ai rien dit, j’ai regardé” l’assistance avec dégoût. J’ai soufflé très fort. Mais je n’ai rien dit. Je n’ai rien dit mais j’aurais du. Aujourd’hui, en 2012, certaines personnes pensent que les alcooliques sont des déchets, des choses sur lesquelles il fait bon cracher. L’alcoolisme c’est une maladie. Les alcooliques sont des êtres Humains. Monsieur a entendu la Dame du bus, il n’a rien dit, il a baissé la tête, habitué à entendre les horreurs qu’on lui balance tous les jours, et il est parti sans rien dire. La Dame est rentrée chez elle toute fière d’avoir fait rire le bus, et racontera l’histoire pour le dîner. Et moi, je suis coincée là avec mes “j’aurais du”.
Et vous, qu’auriez-vous fait ?